Médicaments et conduite de véhicules

Médicaments et conduite de véhicules

Il y a quelques jours, et comme par hasard à la veille des vacances, une étude concernant les embouteillages était publiée avec grand fracas par les médias français. En bref, on arrivait enfin à comprendre à quel type d’automobiliste  on avait à faire. Celui qu’il fallait pointer du doigt. Il s’avère que l’automobiliste roulant par à-coups et tenant une trop grande distance avec le véhicule le précédant soit à l’origine de cet imbroglio de la circulation. Seulement ce que l’étude ou plutôt les médias ne transmettaient pas était, si déjà, le profil détaillé de cet empêcheur de tourner en rond. Par ailleurs, la même étude faisait abstraction de tous les autres facteurs qui pourraient perturber le trafic à savoir: les nombreux chantiers qui obligent souvent l’automobiliste à n’emprunter plus qu’une seule voie, les automobilistes distraits par leur portable, leur stéréophonie, la chaleur, la fatigue, la peur d’un accrochage, l’alcool au volant, l’absence de notion des distances, et bien d’autres facteurs encore.

Parmi ces non-dits, un facteur m’a paru d’une importance capitale et ne concerne pas seulement les embouteillages mais la conduite en général. La médication et ses effets secondaires. Facteur négatif à une bonne conduite dont on parle très peu ou pas du tout.

Qui n’a pas lu la notice d’emballage de son médicament ? Qui n’a pas constaté qu’un médicament sur deux a pour effet secondaire la diminution de concentration ? Quel conducteur se pose la question de savoir quelles seront les conséquences de ce médicament sur sa conduite ? Quel médecin ou pharmacien informe systématiquement son patient des conséquences négatives d’un tel acte ?

Voilà à quoi je me suis attelé au travers de cet article et cherché une réponse.

A) De nombreux médicaments peuvent constituer un risque pour la conduite d’un véhicule ou la manipulation de machines-outils. Chez environ 10 % des accidentés de la route, on retrouve la prise récente d’un médicament potentiellement dangereux pour la conduite d’un véhicule. Les somnifères (hypnotiques) et les anxiolytiques (tranquillisants) sont les substances les plus fréquemment concernées.

Pourquoi certains médicaments affectent-ils la conduite automobile ?

Le plus souvent, les médicaments interférent avec la conduite automobile ou l’utilisation de machines-outils du fait de leur action sur le système nerveux. Cette action peut être liée à la raison même pour laquelle ils ont été prescrits (par exemple, un médicament prescrit contre les troubles du sommeil qui provoque de la somnolence) ou être liée à leurs effets indésirables (par exemple, un médicament contre le rhume des foins qui diminue la vigilance).

Les effets des médicaments sur la conduite automobile sont de divers types :

- troubles de la vigilance et de l’attention,

- troubles de la vision,

- troubles du comportement,

- troubles de l’équilibre, etc.

Ces effets délétères peuvent être aggravés sous certaines conditions : consommation d’alcool, association de plusieurs médicaments, erreur de prise, fatigue, stress, maladie des reins ou du foie, âge, etc. De plus, à traitement identique, l’intensité de ces effets varie entre les personnes selon leur susceptibilité individuelle.

Comment prévenir les effets des médicaments sur la conduite automobile ?

Chaque fois que l’on prend un médicament dont les effets sur la conduite automobile sont signalés sur l’emballage, mieux vaut respecter quelques conseils simples :

prendre ce type de médicament de préférence le soir au coucher.

- arrêter de conduire si l’on ressent des signes d’alerte : somnolence, difficultés à se concentrer, difficultés à maintenir la trajectoire de son véhicule ou à évaluer celle des autres, troubles visuels, etc.

- ne pas consommer d’alcool. Ses effets aggravent fréquemment ceux des médicaments.

De plus, il est préférable de ne pas prendre de nouveau un médicament avec lequel on a déjà ressenti des symptômes incompatibles avec la conduite automobile.

En cas de traitement de longue durée, mieux vaut ne pas modifier la posologie ni prendre un nouveau médicament sans en parler au préalable avec son médecin. Si vous prenez un médicament destiné à soigner une maladie qui présente elle-même un risque pour la conduite (épilepsie, dépression, troubles cardiaques, etc.), il est important de ne pas interrompre le traitement sans consulter votre médecin.

Si votre traitement est responsable d’effets secondaires potentiellement dangereux pour la conduite, et que vous avez besoin d’utiliser votre véhicule, parlez-en à votre médecin. Dans certains cas, il est possible de modifier la posologie ou les horaires de prise pour diminuer les risques. Eventuellement, votre médecin vous prescrira un autre traitement ayant moins d’effets sur la conduite automobile (Eureka Santé, le 24 mars 2011).

B) Quels sont les médicaments les plus dangereux pour la conduite automobile ?

De nombreuses familles de médicaments comportent des mises en garde vis-à-vis de la conduite automobile. Cependant, l’importance de ces mises en garde varie selon le type de médicaments concerné.

Au-delà des médicaments détaillés ci-dessous, d’autres médicaments peuvent faire l’objet de mises en garde concernant la conduite automobile (médicaments du sevrage tabagique et de la dépendance à l’alcool ou aux drogues, médicaments des vertiges, médicaments de la maladie d’Alzheimer, médicaments des troubles de la concentration, etc.). Pour cette raison, il est toujours indispensable de vérifier si un pictogramme figure sur l’emballage d’un médicament que l’on va prendre. Si c’est le cas, il est préférable de lire attentivement la notice et de demander conseil à son médecin ou à son pharmacien.

Neuroleptiques (antipsychotiques) et conduite automobile

Les médicaments contre les psychoses interfèrent systématiquement avec la capacité à conduire ou à manipuler des machines. Un tiers d’entre eux portent un pictogramme de niveau 3 (les formes administrées par injection) et deux tiers portent un pictogramme de niveau 2 (les formes administrées par la bouche). Les neuroleptiques entraînent de la somnolence et des assoupissements (en particulier en début de traitement), des troubles de la vision (vision floue, troubles de l’accommodation, etc.), des difficultés à évaluer la trajectoire du véhicule et à piloter finement, et parfois des troubles du comportement (agressivité, confusion, etc.).

Anxiolytiques (tranquillisants) et conduite automobile

Les médicaments de l’anxiété représentent systématiquement un danger pour la conduite automobile (en particulier ceux de la famille des benzodiazépines). Les formes injectables sont classées de niveau 3 et les formes orales de niveau 2 (parfois 1). Les anxiolytiques diminuent la capacité à répondre aux situations d’urgence, augmentent le temps de réaction (par exemple pour freiner) et diminuent la coordination des mouvements ainsi que la capacité à évaluer une trajectoire (celle de son véhicule ou d’un autre véhicule). Ces effets dangereux pour la conduite sont fortement augmentés par la consommation d’alcool ou la prise concomitante d’autres médicaments ayant un effet sédatif (antidépresseurs, antalgiques de la famille des opiacés, neuroleptiques, antiépileptiques, etc.). 

Hypnotiques (somnifères) et conduite automobile

Les médicaments des troubles du sommeil sont quasiment tous classés de niveau 3 et interdisent la conduite automobile, surtout après la prise ou le lendemain de la prise. En effet, l’influence négative des hypnotiques sur la conduite automobile (somnolence, diminution de la vigilance, mauvaise coordination des mouvements, etc.) peut persister tout au long des 24 heures qui suivent la prise. Ces effets résiduels dépendent de la substance, de la susceptibilité individuelle du patient et de la qualité du sommeil dont il a bénéficié après la prise. Seul le médecin est à même de conseiller son patient sur la possibilité de conduire le lendemain de la prise d’un hypnotique.

Antidépresseurs et conduite automobile

Les médicaments contre la dépression sont tous classés de niveau 2. En effet, ils peuvent être à l’origine de somnolence, de troubles visuels ou de troubles du comportement (agitation, hallucinations, confusion, anxiété, etc.), même si certaines familles d’antidépresseurs semblent moins concernées : inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et inhibiteurs de la monoamine oxydase. Les effets dangereux pour la conduite automobile sont particulièrement marqués en début de traitement et la plupart des patients peuvent de nouveau conduire après une ou deux semaines de traitement. Selon les effets du traitement sur le patient, le médecin décidera si celui-ci est à même de reprendre son véhicule.

Antiépileptiques et conduite automobile

Les médicaments contre l’épilepsie sont systématiquement classés de niveau 2 (parfois 3). En effet, ils peuvent provoquer une somnolence, une sensation d’ivresse et un ralentissement des réactions et des mouvements. Parfois, ils sont à l’origine de troubles visuels, de vertiges ou de troubles du comportement. Seules les personnes dont l’épilepsie est efficacement et durablement contrôlée par un traitement peuvent envisager de conduire après plusieurs semaines voire plusieurs mois de traitement. Seul le médecin peut en juger. Toute modification du traitement doit s’accompagner d’un arrêt de la conduite automobile jusqu’à ce que le nouveau traitement soit stabilisé.

Antiparkinsoniens et conduite automobile

Les médicaments contre la maladie de Parkinson sont quasiment tous classés de niveau 2. Ces médicaments peuvent provoquer des endormissements soudains et irrépressibles, parfois sans signes annonciateurs, des hallucinations, de l’agitation, de la confusion mentale, des épisodes de psychose, etc. Ces effets négatifs sur la conduite automobile peuvent venir s’ajouter à ceux liés à la maladie elle-même (troubles de la coordination motrice, par exemple). Lorsqu’un nouveau traitement est prescrit, il est toujours préférable de s’abstenir de conduire jusqu’à stabilisation de ses effets. Ensuite, le médecin évaluera au cas par cas la capacité à conduire.

Anesthésiques et conduite automobile

Les médicaments anesthésiques (locaux ou généraux) sont systématiquement classés de niveau 2 ou 3. Après une anesthésie générale, la conduite automobile est déconseillée au minimum pendant la journée de l’intervention. La récupération des capacités de conduite doit être systématiquement évaluée par un anesthésiste, qui s’aide pour cela d’échelles d’évaluation spécifiques.

Le retentissement des anesthésiques locaux est variable selon leur mode d’administration. L’anesthésie d’une région du corps (par exemple pour une intervention chirurgicale mineure) contre-indique la conduite et nécessite une évaluation de la récupération de l’aptitude à la conduite. L’utilisation d’anesthésiques locaux en pratique courante (en dermatologie ou dentisterie notamment) n’est pas incompatible avec la conduite automobile, mais nécessite une évaluation individuelle du retentissement par le médecin.

Antimigraineux et conduite automobile

Tous les médicaments contre la migraine de la famille des triptans, de même que certains autres antimigraineux (pizotifène, oxétorone, flunarizine et métoclopramide en association à l’aspirine) sont classés de niveau 2. En effet, ils provoquent fréquemment de la somnolence et des vertiges, ce qui nécessite une évaluation individuelle de la capacité à conduire par le médecin.

Antalgiques (antidouleur) et conduite automobile

Les médicaments contre la douleur peuvent interférer avec la conduite automobile. Si les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) affichent un pictogramme de niveau 1, ce sont surtout les antalgiques opiacés qui peuvent diminuer la capacité à conduire : ils portent systématiquement un pictogramme de niveau 2.

Les antalgiques opiacés peuvent provoquer une somnolence et des troubles du comportement qui peuvent empêcher le patient de percevoir son inaptitude à la conduite, voire lui faire commettre des imprudences. De plus, la susceptibilité individuelle aux opiacés est très variable : l’aptitude à la conduite doit faire l’objet d’une évaluation par le médecin, en particulier au début du traitement.

La codéine à faibles doses présente des effets indésirables nettement moins marqués mais les personnes qui en prennent doivent néanmoins être informées sur ses risques.

Antiallergiques et conduite automobile

Les médicaments contre l’allergie (antihistaminiques) peuvent nuire à la capacité de conduire. Ce phénomène est particulièrement marqué pour les antihistaminiques les plus anciens ( antihistaminiques H1 sédatifs ) qui, aux posologies usuelles, ont nettement plus tendance à provoquer de la somnolence. Le risque d’assoupissement peut être plus ou moins important selon les patients et peut s’accompagner de troubles de la vision (vision floue, troubles de l’accommodation, etc.), de troubles du comportement (hallucinations), de vertiges, de sensations de fourmillement et, éventuellement, d’ hypotension orthostatique. Ces antihistaminiques dits de première génération portent un pictogramme de niveau 2.

Les antihistaminiques les plus récents peuvent également entraîner une somnolence ainsi qu’un ralentissement des réactions et des mouvements. Ces effets sont généralement peu fréquents et ces médicaments affichent un pictogramme de niveau 1. Toutefois, il convient de prendre en compte ces effets lorsqu’on prend ces antihistaminiques pour la première fois.

La plupart de ces médicaments étant désormais en vente libre, il est essentiel d’en parler à votre pharmacien qui saura vous conseiller sur l’attitude à adopter.

Médicaments du rhume ou de la toux et conduite automobile

Pour les médicaments du rhume et de la toux , le risque pour la conduite automobile peut être lié à leur substance active, mais également à l’alcool qui entre souvent dans la composition des sirops et des solutions buvables. Tous les médicaments qui, pris à leur dose maximale, apportent plus de 3 grammes d’alcool par jour sont classés de niveau 1. Certains médicaments, outre cette teneur en alcool, possèdent également un principe actif susceptible de diminuer la capacité de conduite : ils sont alors classés de niveau 2.

Les médicaments contre la toux qui contiennent des dérivés opiacés , tels que la codéine, la pholcodine ou le dextrométhorphane, ne présentent qu’un risque relativement faible pour la conduite. Ils peuvent provoquer une somnolence et des vertiges sans toutefois remettre en cause la conduite. Ces effets sont rares, particulièrement aux doses usuelles.

Les antitussifs et les médicaments du rhume qui contiennent un antihistaminique H1 sédatif sont les médicaments les plus susceptibles de gêner la conduite. Ils peuvent être à l’origine de somnolence, de troubles visuels (vision floue, troubles de l’accommodation, etc.), de palpitations, d’irritabilité, etc. Ces effets sont d’autant plus importants que ces antihistaminiques sont des substances anciennes (dites de première génération).

Nombre de ces spécialités sont disponibles sans ordonnance et il est essentiel de demander le conseil de son pharmacien quant à leurs effets sur la conduite automobile.

Médicaments des nausées ou du vomissement et conduite automobile

Les médicaments contre les nausées sont classés de niveau 2 du fait de leurs effets indésirables en cas de conduite automobile. La métopimazine et les antihistaminiques peuvent provoquer une somnolence, des vertiges et une hypotension orthostatique. Certains de ces médicaments sont en vente libre et il est important de demander le conseil de son pharmacien au moment de l’achat.

La scopolamine, disponible sous forme de patchs (dispositifs transdermiques) pour prévenir le mal des transports, est probablement le médicament antinauséeux qui présente le plus de problèmes aux conducteurs. Elle peut entraîner des troubles visuels graves (troubles et paralysie de l’accommodation, par exemple).

Les médicaments contre les vomissements de la famille des sétrons sont uniquement délivrés sur ordonnance et essentiellement utilisés en prévention et en traitement des nausées et des vomissements dans le cadre des traitements anticancéreux. Ils posent peu de problèmes pour la conduite automobile, mais sont parfois à l’origine de somnolence ou de vertiges . Ils sont classés de niveau 1. 

Médicaments pour les yeux et conduite automobile

Tous les médicaments destinés à diagnostiquer ou à traiter les maladies des yeux sont susceptibles de gêner la conduite automobile, ne serait-ce que par la gêne visuelle temporaire lors de l’instillation.

Par ordre de dangerosité croissante, on distingue :

les collyres anti-infectieux et anti-inflammatoires qui, bien que susceptibles de provoquer une irritation oculaire transitoire, ne perturbent que peu la vision (niveau 1).

les collyres antiallergiques (antihistaminiques) peuvent, en passant dans le sang, parvenir au système nerveux central et provoquer une somnolence (niveau 1).

les collyres destinés à soigner le glaucome (pression excessive à l’intérieur de l’œil) peuvent provoquer des troubles visuels plus ou moins gênants ainsi que des troubles cardiaques ou une somnolence (niveau 1 ou 2 selon les principes actifs).

les collyres contre les yeux rouges (décongestionnants) peuvent poser problème : utilisés à des doses excessives, ils provoquent une sensibilité anormale à la lumière (en dilatant la pupille), mais également une élévation de la pression artérielle et des troubles du rythme cardiaque (niveau 2). La plupart de ces médicaments sont disponibles sans ordonnance et il convient de demander conseil à son pharmacien.

les collyres destinés à dilater la pupille (pour permettre un examen approfondi de l’œil) entraînent des troubles importants de la vision (pupille dilatée en permanence, paralysie de l’accommodation) dont la durée peut varier de quelques heures à plusieurs jours. Des troubles du comportement peuvent également survenir. Ces collyres portent un pictogramme de niveau 3 et la conduite est formellement déconseillée tant que la pupille est dilatée et que le patient a du mal à tolérer la lumière.

Antidiabétiques et conduite automobile

Chez les personnes qui reçoivent un traitement contre le diabète, le risque majeur en termes de conduite automobile est la survenue d’un malaise hypoglycémique (une baisse trop importante du taux de sucre dans le sang). En général, ce risque est davantage lié à un mauvais dosage, à une alimentation insuffisante ou à la pratique d’un exercice physique important (sans adaptation du traitement) qu’aux effets du médicament antidiabétique lui-même. Le risque d’hypoglycémie est plus important chez les personnes qui s’injectent de l’insuline. Néanmoins, ces malaises peuvent également survenir avec les médicaments antidiabétiques oraux (en particulier ceux de la famille des sulfamides hypoglycémiants).

Les personnes diabétiques qui conduisent doivent s’assurer du bon équilibre de leur traitement, bien connaître la prévention des facteurs favorisant l’hypoglycémie, être capable d’identifier les signes annonciateurs de la crise, et se souvenir des mesures à mettre en œuvre dans ce cas : arrêt du véhicule et prise de sucre sous la forme de boisson ou d’aliment (Eureka Santé, le 24 mars 2011).

C) Il existe très peu d’études récentes présentant le médicament comme un des facteurs risques importants sur la conduite d’un véhicule alors qu’il existe quelque dizaine d’études sur les effets de l’alcool, des stupéfiants sur la conduite d’un véhicule. D’autres études permettent une certaine corrélation avec la conduite d’un véhicule ou d’une machine. Elles font état de l’abus de médicaments sur le lieu de travail.

Ann Toxicol Anal.. 2002; 14(1): 74-82

DOI: 10.1051/ata/2002043

Conduite addictive en milieu professionnel : problèmes posés par les médicaments psycho-actifs

Hélène Eysseric1, Françoise Vincent1, Michel Mallaret2, Claude Barjhoux2, Céline Villier2 and Luc Barret1

1  Fédération de Toxicologie Clinique et Biologique, CHU de Grenoble – BP 217 – 38043 GRENOBLE Cedex

2  Centre d’Évaluation et d’Information sur les Pharmacodépendances, CHU de Grenoble BP 217 – 38043 GRENOBLE Cedex

Reçu le 1er février 2002 ; accepté le 15 février 2002

Résumé 
Si le rôle de l’éthanol et des drogues illicites dans l’altération de l’aptitude au travail est actuellement pris de plus en plus en considération, il ne faut pas oublier les médicaments psycho-actifs. La prévalence de leur consommation chez les français, notamment actifs, ne cesse d’augmenter. Quel que soit son niveau hiérarchique dans l’entreprise, chacun peut être soumis à une exigence de performances, le conduisant à utiliser des médicaments pour mieux résister à la fatigue et au stress (dopage social). D’usager occasionnel, le patient peut devenir usager dépendant puis abusif, voire véritable «toxicomane» avec son cortège d’effets indésirables ayant une implication directe sur son aptitude au travail. Parmi les effets les plus gênants, sont à prendre en compte les risques de somnolence, de diminution de la coordination psychomotrice, de troubles du comportement (modification de la prise de risques), d’atteinte de l’équilibre ou de troubles sensoriels. Si le potentiel d’abus (dépendance psychique) peut être responsable de problèmes du comportement dans le milieu du travail, les difficultés se manifesteront par une dépendance physique exposant au risque de syndrome de sevrage (exemple des benzodiazépines (BZD)) et par un phénomène de tolérance avec un risque d’exacerbation des effets indésirables toxiques en raison d’une augmentation de la posologie. Parmi les médicaments psycho-actifs à potentiel addictif, il faut en particulier s’intéresser aux anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs, antalgiques majeurs, produits de substitution, psychostimulants, antiparkinsoniens, antihistaminiques, etc… mais également à des classes thérapeutiques autres comme par exemple celle des stéroïdes anabolisants. Le corps médical se retrouve ainsi confronté à des situations impliquant une conduite addictive médicamenteuse chez des patients ayant une activité professionnelle et pour lesquelles le biologiste toxicologue peut apporter son aide. Citons par exemple, l’évaluation de l’aptitude d’un patient à un poste à risque pour laquelle un dépistage de conduite toxicophile est parfois nécessaire ; la prise en charge d’un patient toxicomane sous traitement de substitution et pour lequel un suivi biologique peut être utile ; ou encore l’appréciation de l’imputabilité d’un traitement médicamenteux dans la survenue d’un accident du travail. Dans ce contexte, l’intérêt de l’analyse des cheveux dans la mise en évidence d’une consommation chronique est rappelé.

D) Une étude belge publiée en 1999 fait état de ce facteur risque sans pour autant convaincre puisque les automobilistes accidentés ou interpellés avaient souvent consommé un cocktail de substances illicites et licites. Malgré tout l’effet de certains médicaments psychotropes est clairement défini avec cette particularité (que connaissent bien les toxicomanes) de potentialiser l’action de certaines drogues et de l’alcool ou l’inverse.

Que faire ? Comment se comporter lors de prises de médicaments ? Comment s’informer ?

Chaque notice d’emballage de médicament doit comporter si nécessaire un paragraphe consacré à l’usage du médicament en cas de conduite d’un véhicule et/ou d’une machine. Il faut donc lire la notice d’emballage ! Dans certains pays, dont la France, une vignette de dangerosité du médicament en cas de conduite d’un véhicule est clairement mise en évidence par une coloration et un pictogramme distincts.

Lorsque l’on consomme un médicament, il est important d’éviter de consommer de l’alcool même en de très petite quantité. Il est important de s’informer auprès de son médecin ou de son pharmacien surtout si une consommation de plusieurs médicaments est faite à des heures similaires. Il est important de ne pas modifier la dose prescrite et l’heure de la prise du médicament. Le stress, le surmenage en général, la gravité de la maladie peuvent aggraver les effets secondaires de certains médicaments. Avant de conduire, il importe donc de s’informer, de trouver des solutions adéquates avec son médecin, son pharmacien voire de renoncer à la conduite d’un véhicule. Dans certaines maladies comme le diabète par exemple, il importe de se nourrir correctement et d’éviter l’hypoglycémie. Lors de présomption critique, il vaut mieux s’arrêter de conduire et de faire appel à l’aide. La brochure de l’AFSSAPS est excellente (cliquez), elle vaut la peine d’être lue. En Suisse, il n’existe aucune brochure officielle de l’OFSP ni de recommandations particulières. Addiction Suisse a publié une brochure informative qui résument les risques potentiels de certaines substances médicamenteuses mais laisse indubitablement le patient face à ses responsabilités alors que tous les acteurs de la filière médicamenteuse ont leur part de responsabilité y inclus les autorités.

D’autres facteurs ne sont même pas évoqués dans aucune étude ou informations. L’âge du patient, un facteur risque majeur surtout lorsqu’il est associé à la prise de médicaments. Sachant que le temps de réaction d’une personne âgée de 70 ans est deux fois moindre que celle d’un jeune de 20 ans ? Il en va de même de la vision et particulièrement de la vision nocturne qui peut être notablement perturbée par la prise de médicament et/ou la fatigue.

Ne serait-il pas temps de remettre en cause la validité d’un permis de conduire dans certains cas flagrants ?

La responsabilité

Jusqu’où va la responsabilité en cas de conduite d’un véhicule sous médication dangereuse ? Le conducteur est certes le premier concerné puisque l’on admet qu’il peut constater de lui-même les difficultés inhérentes à une médication lors de la conduite; difficultés qu’il devrait communiquer à son médecin traitant ou du moins à des tiers. Mais quelle est la part de responsabilité du prescripteur lors d’accidents graves ? A-t-il suffisamment informé son patient ? A-t-il communiqué aux autorités concernées l’éventuelle « inaptabilité » à la conduite de son patient ? N’y a-t-il pas trop de complaisance dans ces cas jugés pourtant extrêmes ? Certaines personnes âgées, sous médication, ne devraient-elles pas passer de nouveaux examens de conduite ? Les interventions chirurgicales sous analgésiques locaux autorisent-elles la conduite d’un véhicule immédiatement après l’intervention ?

Voilà les questions que l’on peut se poser à la veille des vacances d’été. Mais sachez aussi que les embouteillages font et feront encore longuement partie de cette migration estivale et que l’automobiliste qui vous précède n’est pas forcément sous médication. Alors prenez votre mal en patience en buvant suffisamment, en faisant les pauses nécessaires, en vous reposant à chaque fois que vous sentez votre concentration diminuer. Bonne route !


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